Coca-Cola: le doute persiste

Dimanche 20 Juin 1999

PARIS (AFP) - Le maintien par le gouvernement des mesures de sécurité sur la consommation des canettes de Coca-Cola, Fanta et Sprite produites par l'usine de Dunkerque a une nouvelle fois fait planer le doute sur les renseignements fournis par le groupe américain, qui a été obligé de reporter la réouverture de son usine.

Les résultats des premières analyses réalisées par le laboratoire des services de la répression des fraudes à Bordeaux n'ont révélé "aucune anomalie" sur les échantillons de la production de l'usine destinés au marché français. Rien ne permet donc d'expliquer pour l'instant les nausées, maux de tête, douleurs abdominales, vomissements ou palpitations cardiaques dont se sont plaints plus d'un millier de consommateurs français et belges depuis le 8 juin.

La direction de Coca-Cola France, interrogée, s'est "félicitée que les analyses du gouvernement confortent nos propres analyses". Vendredi, elle avait annoncé que les analyses qu'elle avait fait réaliser avaient établi "de manière formelle" que la boisson est "hors de cause".

Pourtant, le gouvernement a décidé de renouveler sa recommandation de ne pas commercialiser ou consommer de canettes métalliques de Coca-Cola, Coca-Cola Light, Fanta et Sprite produites à Dunkerque. La réouverture de l'usine de Dunkerque, prévue pour lundi, a été "reportée", indique le groupe. Cette usine, d'une capacité de six millions de canettes par jour, emploie 300 personnes.

Les canettes produites à Marseille, reconnaissables à la lettre M figurant en début de leur code d'identification, ne font l'objet d'aucune suspension de consommation.

C'est ce code d'identification et le numéro d'information consommateur imprimés sur les canettes qui sont la cause des analyses supplémentaires décidées par le gouvernement. Dans plusieurs des cas d'intoxication en France jugés "troublants" par les médecins, les canettes incriminées portaient des mentions correspondant au marché belge, ou écrites à la fois en Français et en Flamand.

"La découverte de lots de canettes destinés aux zones transfrontalières nous a contraint à décider de redémarrer tout le processus d'analyse pour ces lots, ce qui peut prendre plusieurs jours supplémentaires", a indiqué dimanche à l'AFP la secrétaire d'Etat à la Consommation Marylise Lebranchu.

En outre, le gouvernement souhaite "étendre le champ des analyses", car il n'est pas convaincu par les explications fournies par Coca-Cola pour expliquer des cas de contamination au cours du processus de distribution en Belgique. Les substances chimiques désinfectantes - dont auraient été enduites des palettes - invoquées par le groupe américain, essentiellement le crésol ou le phénol, ne peuvent expliquer les troubles observés, car elles étaient présentes en quantité "infinitésimale" sur la surface des canettes.

Cette application par le gouvernement du principe de précaution est jugé "compréhensible" par la direction de Coca-Cola, qui tient à souligner que "contrairement à ce qui a été écrit ici ou là, l'administration peut faire ses investigations comme elle veut dans nos usines, nos portes lui sont ouvertes".

Tout en réaffirmant que "seules des canettes destinées au marché belge ont été polluées", Coca-Cola souligne qu'il a déjà expliqué à l'administration ses règles d'étiquetage. Des canettes destinées au marché belge ont parfaitement pu revenir en France en raison de la libre-circulation des marchandises, souligne un porte-parole.

Coca-Cola France avait estimé vendredi que les mesures gouvernementales ont été "surdimensionnées par rapport à la nature et à l'importance du problème".

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